Publié par PhysioExtra, le 6 décembre 2019
Conseils pratiques
L'importance de la prise en charge rapide après une blessure

Pour un traitement plus efficace

Une chute dans les escaliers, une cheville qui se tord ou le dos qui bloque... et une douleur soudaine qui fait son apparition. Hélas, personne n'est à l'abris des blessures. Pour en minimiser les impacts, il est important d'agir rapidement. Voici quelques conseils pour une prise en charge optimale.

Comment reconnaitre une blessure ?

On reconnaît une blessure par l’apparition de plusieurs éléments. Ces signes et symptômes varient en fonction du degré de l'atteinte et peuvent inclure : douleur, œdème (enflure) apparaissant habituellement rapidement, rougeur, chaleur, ecchymose (coloration bleutée) apparaissant dans une période de 48h, diminution des capacités fonctionnelles (mouvements de l'articulation, marche, sports, etc.).

On m’a dit de me reposer et d’attendre que la douleur parte d’elle-même…

Faux! Le repos complet est en fait un des éléments les plus néfastes à la réadaptation. Il a été démontré qu’une atrophie musculaire se produit rapidement et que des cellules graisseuses s’infiltrent à l’intérieur des muscles(1). Cela a pour effet de réduire votre force musculaire et l’efficacité de l’activation de vos muscles. Une diminution de la densité osseuse est aussi observable à moyen/long terme. En plus d’avoir des effets sur le système musculosquelettique, un repos au lit aussi banal que 24h à 72h a des effets néfastes sur le système cardiovasculaire : diminution du volume sanguin et diminution de l’endurance à l’effort en lien avec une augmentation de la consommation d’oxygène par les tissus(2).

Que faire alors?

Pour guérir adéquatement, les tissus ont besoin de stimulation. Des exercices spécifiques peuvent donc renverser cette évolution défavorable. Les études prouvent qu’une prise en charge rapide (inférieure à 72h) par un professionnel de la santé diminue l’intensité de la douleur et l’incapacité résultante à la suite d’une blessure après 6 mois(3). Le meilleur conseil est donc celui-ci : consultez rapidement! Peu importe le type d’approche, les traitements effectués dans les 4 premières semaines suivant une blessure seront plus efficaces que ceux faits par la suite. De plus, les autres articulations et tissus à proximité se seront moins adaptés à la blessure (ce que nous appelons compensations) et le thérapeute aura donc moins de régions à traiter.

Connaissez-vous l'acronyme PEACE & LOVE?

À la suite d'une blessure, le protocole de traitement approprié peut se résumer avec cet acronyme(4)(5).

Ainsi, dans les premiers jours, on applique les principes thérapeutiques du PEACE :

P : Protection, en cessant les activités qui provoquent de la douleur

E : Élévation du membre atteint dans une position plus haute que le coeur le plus souvent possible

A : On évite la prise d'anti-inflammatoires (ibuprofène comme Advil, diclofenac comme Voltaren Emulgel, Naproxen, etc.) qui ralentissent la vitesse de guérison des tissus. On évite également d'appliquer de la glace.

C : On applique une compression sur la zone enflée à l’aide d’un bandage élastique ou autre (jusqu'à 10 cm au-dessus de la zone atteinte en partant de la périphérie). On maintient cette compression le plus souvent possible sur la région enflée. Attention à ne pas créer un garrot!

E : L'éducation par votre thérapeute est importante afin d'éviter la surinvestigation médicale, la surmédication et les modalités passives inutiles.

Ensuite, passé les premiers jours, on applique les principes du LOVE :

L : On commence par une mise en charge progressive sur le membre atteint (load), sans douleur, pour ensuite reprendre graduellement les activités habituelles.

O : On favorise l'optimisme afin de conditionner son cerveau (neuroplasticité), qui influence directement la perception de la douleur et la vitesse du rétablissement, vers une guérison optimale. 

V : On facilite la vascularisation du tissu atteint avec une activité cardiovasculaire. Il est recommandé, dès le jour 3, d'effectuer du cardio sans douleur pour un maximum de 20 minutes, 2 fois par jour.

E : Des exercices de souplesse, de renforcement et de proprioception favorisent un retour à la normale.

Au fait, saviez-vous qu’il est possible de consulter en physiothérapie sans référence médicale? Vous éviterez ainsi de longues heures à l’urgence.

 

Sources :

(1)Hides, J. A., Belavý, D. L., Stanton, W., Wilson, S. J., Rittweger, J., Felsenberg, D., & Richardson, C. A. (2007). Magnetic resonance imaging assessment of trunk muscles during prolonged bed rest. Spine, 32(15), 1687-1692.

(2)Robert A. Donatelli, Michael J. Wooden (2009). Orthopaedic Physical Therapy. Elsevier Health Sciences, 744 pages 

(3)Cooper, J. E., Tate, R. B., Yassi, A., & Khokhar, J. (1996). Effect of an early intervention program on the relationship between subjective pain and disability measures in nurses with low back injury. Spine, 21(20), 2329-2336.

(4)Dubois, B. (2019). PEACE & LOVE : nouvel acronyme de traitement des lésions traumatiques. La Clinique Du Coureur, https://lacliniqueducoureur.com/coureurs/blogue/archives/peace-love-nouvel-acronyme-de-traitement-des-lesions-traumatiques/

(5)Dubois, B. et Esculier, J.-F. (2019). Soft tissue injuries simply need PEACE & LOVE. Blog : British Journal of Sports Medicine, https://blogs.bmj.com/bjsm/2019/04/26/soft-tissue-injuries-simply-need-peace-love/

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